Dès le départ, « Engagement Mortel » m’a plu. Notamment à cause du casting dans lequel on retrouve Tamar Tientcheu et Jeanne Mbenti. Deux actrices devenues plus que populaires grâce au fameux « Le Blanc d’Eyenga » de Thierry Ntamack, film auquel je peux reprocher beaucoup de choses, mais qui n’ont rien à voir avec la performance de ces deux jeunes femmes.
« Engagement Mortel » en gros c’est l’histoire d’une esthéticienne qui dans son salon rencontre une cliente qui, la trouvant sympathique, lui propose de la présenter à son frère qui vit à l’étranger. Les deux tourtereaux tombent amoureux téléphoniquement et concrétisent le tout quand ils se rencontrent. L’affaire aboutit même sur une demande en mariage. Sauf que la meilleure amie, en embuscade, détourne le fiancé, brise leur amitié et se marie avec le promis de celle qui lui confiait tout. Le final est assez violent : la femme déchue décide de se venger et après avoir recruté des sicaires à la gâchette facile, décide d’exécuter les nouveaux mariés. Je ne spoile pas la fin.
L’importance d’un bon scénario
Je suis de ceux qui pensent que tout projet de fiction solide commence par un scénario béton. Possible de verser dans l’expérimentation, le muet, le plan séquence qui donne le vertige, mais à la base il y a une histoire, un scénario. Personnellement, aucune surprise. Trame basique du téléfilm cuisiné à la sauce nollywoodienne. Situation de départ plus ou moins stable, évolution, atteinte de l’équilibre, déstabilisation de l’équilibre et au final tentative de rétablissement de l’équilibre.
Le scénario est lui aussi classique. L’histoire du « tu as arraché mon mbenguiste » est désormais un classique de la société camerounaise donc, aucune surprise de ce côté là. Ce qui est étonnant, c’est que le scénario laisse poindre des lueurs intéressantes qui s’éteignent sans laisser de suite dans la trame narrative.
Le personnage incarné par Tamar semble dès le départ proposer à la jeune esthéticienne une relation ambiguë. Puis elle se reprend et oriente sa proposition dans un autre sens. On reste longtemps dans l’attente du retour sur cette ouverture, mais rien. Le personnage de la sœur se dilue au fil de la narration pour ensuite complètement disparaître.
Autre point : le peu d’épaisseur des personnages. Difficile de se dire qu’il ya une vraie bible qui a présidé à la construction de ceux-ci. Ils survolent les situations, les subissent, sans qu’on ressente à aucun moment leur poids dans l’environnement narratif.
Concernant d’ailleurs le jeu des acteurs, les femmes s’en sortent plutôt bien. Les hommes … No comment. Malheureusement, les filles sont mises en difficulté par les faiblesses du scénario.
Les scènes au-delà du réel
Il ya cette scène où deux lianes vont faire du sport avec le visage alourdi de make-up ! J’avoue que j’ai un peu halluciné sur l’alliage transpiration et maquillage. Et puis il ya la lutte perpétuelle de Flore Mougoué, l’actrice principale, pour ne pas tomber dans la théâtralisation, mais elle n’est pas non plus aidée.
La scène de la rupture avec son premier « gars » dans un parc, en pleine nuit, devant un panneau publicitaire. Eh! Ah! Le même scénario l’oblige à un passage obligé par une scène culte des télénovélas sud-américaines : le personnage qui pense à voix haute. Comme si dans la vie réelle il ya des gens qui se lèvent en pleine nuit et commencent à parler aux murs de leurs chambres :
- Donc c’est la vérité ? Donc, elle m’a fait ça?
Autre point qui lui n’est pas spécifique au film « Engagement Mortel » mais à beaucoup de ceux que j’ai vu récemment : l’absence de peaufinage des détails et la nigérianisation des plans.
Exemple : pour transcrire le bonheur d’un couple à l’écran, il ya un kata éprouvé : on le filme en train de faire les courses, de marcher la main dans la main dans un parc, de jouer à la poursuite qui se termine généralement par une tentative de soulèvement de la fille par le gars, tentative souvent avortée à cause du gabarit de la fille …
L’influence nollywoodienne
Autre cliché du cinéma nollywwodien, les plans interminables de voitures en train de se garer etc. À croire que les voitures de luxe sont des personnages à part entière de ces téléfilms. Dans « Engagement Mortel », on a une décapotable grise métallisée qui apparait plus que beaucoup de personnages. Le point d’orgue étant le rangement de la capote, à chaque fois minutieusement filmée. Massa! C’est quoi le projet?
Bien entendu, on a les classiques plans serrés durant les scènes dans les lieux supposés fréquentés. À l’aéroport, en boîte de nuit … C’est clair que réunir une armée de figurants ne doit pas être facile, mais bon, visuellement, c’est tristounet, tout comme cette bande son, elle aussi digne de nollywood, grattée jusqu’à se résumer à trois notes de piano égrenées pendant plus d’une heure ; envies de suicide à la clé.
Et pour finir, il ya le traditionnel souci du placement produit. C’est clair qu’une production a besoin d’argent, mais il faut regarder les blockbusters américains pour apprendre comment faire de la pub dans un film sans que ça ne soit trop flagrant. Le plan quasi fixe sur l’enseigne de Numero Uno là …
Un final tout en cascade
Je n’ai pas suivi le basculement à la fin. Cette fin capillotractée qui nous donne droit à une course poursuite entre un Hummer et une limousine de mariés. Un braquage tellement surfait qu’il donne envie de rire, des armes tellement factices qu’elles font mal au yeux. À mon avis, on n’avait pas besoin de ça, sauf si le but du réalisateur était de singer au plus près certaines productions nollywoodiennes.
En même temps, tout ceci n’est que l’avis du critique de cinéma que je ne suis pas. Allez regarder. Faites-vous votre opinion et revenez me dire.
Le film est ICI.
Peace !
FLO.
