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À l’affiche : Ces films qui sortent de l’ordinaire

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Des scénarios originaux. Les scénaristes camerounais savent de temps à autre sortir des sentiers battus, et proposer des scénarios atypiques, parfois drôles, insolites, déroutants ou tout cela à la fois. Des histoires originales qui permettent de prendre une belle bouffée d’oxygène des scénarios ordinaires, pour le plaisir des cinéphiles.

Ils sont quelques uns, ces scénarios différents des autres, qui abordent des thématiques largement exploitées comme la famille, l’amour, l’argent, mais de manière inaccoutumée, tout en y insufflant de nouvelles perspectives. Il en est ainsi de « Lara’s Song », écrit et produit par Alfred Melow et réalisé par L.T Njeck. Quelques années après avoir choisi, contre l’avis des parents de la jeune fille, de vivre leur histoire d’amour, Lara et Kamga se retrouvent sans le sou. La jeune fille a alors une brillante idée : se faire passer pour folle afin que ses riches parents reversent l’argent du traitement à un médecin complice. Mais rien ne se passe comme prévu…

Si on retrouve les thèmes classiques de l’amour contrarié et les délicates relations familiales propres au 237land, le scénario est unique en son genre et l’on comprend très vite que l’histoire de Lara et sa famille est une allégorie des relations inter-personnelles au Camer. Parmi les allégories cinématographiques qui se distinguent par son originalité, il y’a « Le Challenge », écrit et réalisé par Cyrielle Raingou. Le court-métrage futuriste met en scène une impératrice (Mbesso Sonita Fabiola) déterminée à conserver son accès à Internet, alors en voie de disparition…

Dans ce film, Cyrielle Raingou a tout misé sur la singularité, que ce soit le genre, la thématique, le scénario. La seule chose à priori familière au spectateur est justement le combat quotidien de nombreux camerounais pour l’accès à Internet et plus largement certaines technologies. Moins radical dans son originalité, « Un baiser pour deux » écrit par Thierry Fouomene & Dante Fox, et réalisé par ce dernier, parle d’amour et de rêve d’Occident. Mais l’histoire de PAULA devient atypique en cela que pour atteindre l’Occident, elle invente une soeur jumelle pour mener à bien son projet de séduire FREDDIE, le meilleur ami installé en France de son copain…

Le film, qui a obtenu l’Ecran du court-métrage camerounais offre une autre perspective, probablement plus contemporaine de la perception au pays de l’Occident. Une perception complexe, clivée et clivante incarnée par le trio. BELEH, écrit, réalisé et produit par Christa Eka Assam propose également un scénario plutôt cocasse. Ekema est un mari très égoïste qui laisse toutes les corvées ménagères au bon soin de sa femme, Joffi, en fin de grossesse difficile, jusqu’au matin où il se réveille, enceinte jusqu’aux yeux et aux ordres de madame…

Le court-métrage, réalisé en 2013, est précurseur de la thématique de l’inversion des rôles homme et femme dans lequel se situe « Point de vue » ( Léa Malle Frank Thierry). Pourtant, tandis que Christa Eka Assam privilégie l’humour pour dénoncer les abus faites envers les femmes au sein du ménage, l’approche de Léa Malle Frank Thierry pour critiquer toutes les formes d’injustice faites aux femmes est plus grave et dramatique. Dans les deux cas, la thématique, autant que le scénario, se distinguent par leur originalité.

Le 237land regorge de scénaristes de talents, capables de proposer des scénarios originaux de thématiques classiques, ou encore inexistantes. LFC a hâte de découvrir les prochains.

M.N.

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MUST READ : Les relations hommes femmes au Cinéma

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En matière de relation de couple, le cinéma camerounais propose une vision déséquilibrée, où l’homme apparait tout puissant face à une femme reléguée à la seconde place. Une image dont certains films tentent de se départir, mais encore largement dominante.

Au 237 Land, le Cinéma projette encore une image peu équilibrée des relations hommes femmes, à l’image aussi d’une certaine réalité sociale. Et c’est « Beyond the reality » de Serge Fonda qui en est à la fois la plus criante manifestation, mais aussi sa plus implacable auto-critique. Si le réalisateur décrit le fossé existant entre les aspirations de couple de la femme camerounaise et la réalité amère conjugale, il le fait en mettant au centre la femme. 

Paradoxe de ce cinéma camerounais donc qui, comme la société, propose à voir, et mettre en avant les épouses / copines, mais généralement dans des situations de fragilité et de détresse comme dans le film «  ALMA » de Christa Eka Assam, ou « La fin d’un supplice » de Ferdinand Singho. Y compris lorsque le personnage de la femme sort du rôle de celle qui subit pour celle qui agit, comme le pendant maléfique de Mireille (Lynn Penpen) dans « La fin d’un supplice », ou Celena dans « Bad Game », les motivations relèvent encore souvent de la détresse psychologique ou l’instrumentalisation du compagnon.

Pourtant, il existe des films qui proposent aussi des relations hommes femmes plus équilibrées. Ainsi, «  Bonne Nouvelle » de Gérard Désiré Nguélé évoque la courte histoire d’amour entre Victor et Rose, bien qu’une nouvelle fois, le personnage féminin est en situation de fragilité, puisque séropositive. Une des caractéristiques du film, que l’on retrouve dans « La première fois »  du même réalisateur est la communication entre les personnages masculins et féminins qui instaure une réciprocité. Avec une petite limite néanmoins dans ce dernier film. Affirmer que quand une femme « pense non, elle dit quand même oui » est un point de vue très masculin.

Équilibre ne signifie pas nécessairement harmonie. Dans le « cri de coeur », Pierre Loti  Simo décrit une relation hommes femmes plutôt équilibrée entre MONNJI et ses épouses, en désaccord sur l’idée de repasser les seins de la petite dernière. Le court-métrage se différencie également en adoptant les deux points de vue, masculin et féminin. Autres films où les rôles féminins sont à la hauteur de ceux masculins, et où l’on sort des schémas un peu caricaturés des relations hommes / femmes : « A man for the week-end » d’Achille Brice, ou « Little Cindy » de Billybob Ndive Lifongo, deux films à découvrir dans le cadre du Festival Ecrans Noirs du 13 au 20 juillet dans la ville de Yaoundé.

Autant il est indispensable de dénoncer à l’écran les difficultés et vicissitudes des relations hommes femmes au 237 Land, autant le Cinéma camerounais se doit aussi de montrer au public que d’autres rapports plus équilibrés existent et sont possibles. RDV le 13 juillet aux Festival Écrans Noirs pour savoir dans quelle catégorie « Married Single » de L.T. Njeck se situe. 

M.N.

Les opinions exprimées dans cet article sont uniquement celles de l’auteur et n’engagent pas Le Film Camerounais. D’autre part, il s’agit d’un point de vue qui ne repose pas sur l’ensemble des films camerounais ayant traité de la question.