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REVIEW: Miraculous Weapons ou les interrogations de la mort !

© Picture from Jean Pierre Bekolo facebook account.
© Picture from Jean Pierre Bekolo facebook account.

La salle de l’Institut Français de Yaoundé était comble ce 27 mai 2018 pour la projection en avant-première du film ‘’Miraculous Weapons’’ de Jean Pierre Bekolo. Et c’est rempli d’émotions et de questionnements multiples que le public est sorti de cette projection.

Comment voir un film de Jean Pierre Bekolo sans se poser de grandes questions ? C’est quasiment impossible. “Miracoulous Weapons”, le dernier film du réalisateur de “Quartier Mozart” ne déroge pas à la règle.

Pour ce long métrage d’1 heure 40 minutes tourné en Afrique du Sud, Jean Pierre Bekolo décide de nous embarquer dans les derniers instants de la vie d’un condamné à mort. De quoi est-il coupable ? Nous ne le saurons jamais. Après tout, est-ce vraiment important ? La vrai question étant ; de quel droit des hommes peuvent-ils ôter la vie à un autre. Peut -on se fier au jugement humain ?

Et quand on se projette dans l’époque de l’apartheid où l’histoire est censée se tenir, cette condamnation à mort devient plus que questionnable. Est-il condamné pour un crime ou pour le crime d’être noir ? Le réalisateur scénariste de ce film nous laisse le soin de répondre à ces questions.

Mais ce que le réalisateur nous montre, c’est un condamné à mort magnifiquement incarné par Emil Abossolo-Mbo, qui voit au-delà de sa condition. Un condamné à mort fin poète, se gavant de Sartre et de Senghor ; parlant de la négritude comme un professeur de littérature ; recherchant la connaissance au point de commencer des cours de français puisque selon son enseignante et lui, le français serait la langue de la révolution et de la liberté. 

Un « criminel intello » quoi ! Un condamné à mort qui croit inexorablement à la vie et au dépassement des chaînes qui lient ses mains et ses pieds. Un condamné dont le corps est emprisonné, mais dont l’âme est plus que jamais libre. Un condamné à mort qui croit à la force de la poésie et qui garde espoir. Un espoir de détachement qu’il trouve auprès de trois femmes qu’il aime toutes d’un amour particulier et qui se battent, elles aussi, pour des raisons toutes différentes et très personnelles pour le voir sortir de cet enfer. Il sortira certainement, mais de quelle manière ?

‘’Miraculous Weapons’’ est un film plein de poésie et de philosophie comme l’était déjà Naked Reality et Complot d’Aristote, deux autres films du même réalisateur. Des questionnements, il y en a beaucoup dans ce film. Mais cela ne gène pas. C’est un peu comme dans la vie de tous les jours, beaucoup de questions qui nous permettent de nous remettre en cause et d’évoluer. Et quand ces questionnements et ces émotions déversées  justement interprétés pardes comédiens se mélangent à la musique du film, on est comblé.

La musique du film qui devait se tourner initialement au Texas aux États Unis, n’est pas une musique orchestrale, mais bien de la musique chantée par Valerie Ekoumé et Nelly O. Et cette musique purement camerounaise nous transporte littéralement. C’est d’ailleurs le point qui a mis d’accord tout le public venu voir ce film.

Techniquement, on pourrait reprocher au film une utilisation un peu bizarre du drone pour filmer les grands espaces du « Free State » où se déroule l’histoire. Mais on oublie vite cela avec la photographie du film. Le plein de lumière de l’image contraste parfaitement avec la situation de ce condamné à mort et de ces/ses trois femmes toutes embrigadées par cette peine de mort. Le son régulier des clés qui ouvrent et ferment les cellules de cette prison nous plonge tout le long du film dans l’angoisse de l’esprit de cet homme qui marche tranquillement vers l’au-delà.

Le dernier film de Jean pierre Bekolo qui n’a malheureusement pas été sélectionné à Cannes  mérite bien d’être vu et revu pour son écriture sobre, mais aussi pour cette question existentielle : qui nous sauvera nous même ?

R.W.

Une autre projection du film ‘’Miraculous Weapons’’ aura lieu ce jeudi à 19h à l’Institut Français de Yaoundé.

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REVIEW : “LIFE POINT” ou quand le Cinéma d’auteur flirte avec le film grand public

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Le 17 février dernier, la chaine nationale (CRTV) nous proposait une soirée Cinéma que nous attendions tous : “Life Point” d’Achille Brice, en compétition officielle au Fespaco 2017, était enfin projeté sur nos petits écrans. Créant à la fois polémique et excitation, le film a néanmoins été vu par le plus grand nombre ce soir là comme en témoigne les multiples réactions sur les réseaux sociaux lues après diffusion.

Chez Le Film Camerounais, nous l’avouons : voir autant de téléspectateurs rassemblés autour d’un film 100% made in 237Land nous a énormément réjoui ! Les avis fusaient de partout, avec une ambiance digne d’une salle de Cinéma pleine à craquer. Nous avons tous découverts avec curiosité cette histoire d’amour naissante entre ce vieux Professeur d’Université veuf incarné par Gérard Essomba et cette jolie jeune danseuse, Tatiana Ngong, que nous raconte le réalisateur Achille Brice.

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La première chose que nous avons retenu en regardant le film, est l’envie forte qu’a eu le réalisateur de nous faire vivre un moment de Cinéma, s’éloignant le plus possible de l’étiquette “téléfilm” qui colle à beaucoup de films faits par des Africains. Cet effort est certainement la conséquence de ces scènes à rallonge, parfois trop lentes à notre goût. Le rythme du film rend le tout pesant, comme une valse interminable où les couples arrivent tout de même à nous convaincre de leurs talents de danseurs.

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L’arrivée du fils du Professeur incarné par Nkanya Nkwai, essaye désespérément de nous ramener dans un film plus grand public, comme si Achille Brice se rendait soudain compte que son oeuvre embrassait un peut trop le Cinéma d’auteur. Lorsque apparait alors le générique de fin, nous sommes mi figue mi raisin chez Le Film Camerounais, appréciant à la fois le jeu d’acteurs et les belles trouvailles côté réalisation (mention spéciale à Tatiana Ngong qui pour nous est la révélation du film), mais regrettant une écriture finalement peu structurée de l’ensemble.

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Toutefois, nous tenons à remercier le réalisateur, pour nous avoir offert ces moments de Cinéma que nous recherchons tant devant nos films, mettant par la même occasion en avant plusieurs talents de notre Cinéma que ce soit dans le casting que dans l’équipe technique. Bravo également aux doubleurs (Axel Abessolo ou encore Valérie Efouba Duval), qui ouvrent une porte à un nouveau savoir-faire au Cameroun.