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REVIEW : UN BAISER POUR DEUX, la rencontre entre l’univers de la musique et du cinéma

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Un baiser pour deux c’est la rencontre entre l’univers musical et l’univers cinématographique pour le plaisir des cinéphiles. À l’image de son réalisateur Dante FOX, qui fait des aller-retours entre la musique et maintenant le Cinéma, ce qui définit le film, qui a obtenu l’écran du court-métrage camerounais, c’est sa structure et son rythme qui rappellent indéniablement la nouvelle vague de clips narratifs, à la manière de « Man Down » de Rihanna ou encore « L’ Aveu » de ARIELLE T feat SHAN’L.

Comme dans les deux clips, l’histoire de Paula, Jacobi et Freddie débutent par une fin tragique. Un incipit in media res, brillamment porté par un Axel Abessolo très convaincant, qui donne le ton sur la suite du film, un récit haletant que le court-métrage va progressivement dérouler, jusqu’à l’ultime scène finale, également celle du début, comme un étau qui se resserre aussi bien sur les personnages que le spectateur. « Man Down » et « L’ Aveu » suivent le même scénario. Le clip de Rihanna s’ouvre sur la chanteuse entrain de tuer un homme dans la gare, et celui de ARIELLE T et SHAN’L entrain de creuser une tombe… Que s’est-il passé entre Paula, Jacobi et Freddie pour en arriver là ?

Dès la première scène, Dante Fox montre qu’il excelle dans la maîtrise du suspense et du rythme. Et c’est indiscutablement sur ce point que l’expérience musicale du réalisateur se fait le plus sentir, notamment le choix des musiques de fond pour soutenir l’ambiance de chacune des scènes capitales. Celle détendue de l’aéroport, celle de la scène sensuelle entre Freddie et Sandra, y compris les bruits d’oiseaux lors de leur première rencontre… À chaque fois, les musiques et sons, judicieusement sélectionnés, font plus qu’intégralement partie du film, ils créent le rythme et la dynamique du film.

Mais « Un baiser pour deux » n’est pas un clip, c’est un thriller réussi, du moins au niveau de la réalisation, mais aussi du casting. Sur le plan de la réalisation, on note des rendus visuels de bonne qualité de jour comme de nuit, des cadrages et mouvements de camera d’autant plus intéressants qu’ils sont variés. Côté casting, ouvrir et fermer le film avec Axel Abessolo a probablement été un pari gagnant. Muriel Blanche, Claude Mbouck et Kenji Meah offrent des prestations d’acteurs plus qu’honorables.

Néanmoins, concernant les transitions entre les séquences, le résultat est contrasté. Si certaines sont très bien amenées, comme le passage entre l’aéroport et l’appartement de Jacobi ou encore le flash back sur la rencontre entre Paula et Jacobi, d’autres auraient mérité plus de travail. Il en va ainsi des séquences de la rencontre entre Freddie et Sandra et celle d’après, où ils sont ensemble au lit. S’agit-il d’une ellipse ? Probablement. Mais une séquence intermédiaire de leur relation en accélérée n’aurait-elle pas été justifiée ?

De plus, le scénario, globalement crédible, souffre pourtant de quelques fissures. Ainsi, il parait difficilement concevable qu’après tant d’effort, Paula décide de subitement changer de plan par appât du gain, alors qu’elle avait déjà quasiment atteint son but. Et que dire de l’esthéticienne. Comment expliquer que Paula, qui s’est visiblement largement servie auprès de Freddie et son père drogue son esthéticienne pour lui voler… son portable! Le personnage de Cindy tombe un peu trop à pic…

Mais il ne s’agit là que de défauts mineurs, d’ailleurs largement couverts par la maîtrise de la réalisation dans sa généralité. En revanche, les dialogues, souvent peu naturels, sont plus gênants. La remarque concerne surtout le personnage de Freddie, revenu de France, et qui a un langage tellement fleury, qu’on se demande si on parle encore en France comme au 18ème siècle. Résultat, le personnage, qui se voulait au départ élégant et raffiné, apparait un peu lourd et un tantinet trop séducteur, sans parler de la vision un peu caricaturale des Mbenguistes et de la France qui est véhiculée.

Cependant, « Un baiser pour deux » reste un excellent court-métrage qui fait plus qu’honneur au cinéma camerounais et qui a sans aucun doute mérité l’Écran du court-métrage camerounais. C’est aussi la preuve que la rencontre entre l’univers musical et cinématographique, lorsque les techniques de part et d’autre sont maîtrisées, peut mener à de très belles productions.

M.N

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REVIEW: Miraculous Weapons ou les interrogations de la mort !

© Picture from Jean Pierre Bekolo facebook account.
© Picture from Jean Pierre Bekolo facebook account.

La salle de l’Institut Français de Yaoundé était comble ce 27 mai 2018 pour la projection en avant-première du film ‘’Miraculous Weapons’’ de Jean Pierre Bekolo. Et c’est rempli d’émotions et de questionnements multiples que le public est sorti de cette projection.

Comment voir un film de Jean Pierre Bekolo sans se poser de grandes questions ? C’est quasiment impossible. “Miracoulous Weapons”, le dernier film du réalisateur de “Quartier Mozart” ne déroge pas à la règle.

Pour ce long métrage d’1 heure 40 minutes tourné en Afrique du Sud, Jean Pierre Bekolo décide de nous embarquer dans les derniers instants de la vie d’un condamné à mort. De quoi est-il coupable ? Nous ne le saurons jamais. Après tout, est-ce vraiment important ? La vrai question étant ; de quel droit des hommes peuvent-ils ôter la vie à un autre. Peut -on se fier au jugement humain ?

Et quand on se projette dans l’époque de l’apartheid où l’histoire est censée se tenir, cette condamnation à mort devient plus que questionnable. Est-il condamné pour un crime ou pour le crime d’être noir ? Le réalisateur scénariste de ce film nous laisse le soin de répondre à ces questions.

Mais ce que le réalisateur nous montre, c’est un condamné à mort magnifiquement incarné par Emil Abossolo-Mbo, qui voit au-delà de sa condition. Un condamné à mort fin poète, se gavant de Sartre et de Senghor ; parlant de la négritude comme un professeur de littérature ; recherchant la connaissance au point de commencer des cours de français puisque selon son enseignante et lui, le français serait la langue de la révolution et de la liberté. 

Un « criminel intello » quoi ! Un condamné à mort qui croit inexorablement à la vie et au dépassement des chaînes qui lient ses mains et ses pieds. Un condamné dont le corps est emprisonné, mais dont l’âme est plus que jamais libre. Un condamné à mort qui croit à la force de la poésie et qui garde espoir. Un espoir de détachement qu’il trouve auprès de trois femmes qu’il aime toutes d’un amour particulier et qui se battent, elles aussi, pour des raisons toutes différentes et très personnelles pour le voir sortir de cet enfer. Il sortira certainement, mais de quelle manière ?

‘’Miraculous Weapons’’ est un film plein de poésie et de philosophie comme l’était déjà Naked Reality et Complot d’Aristote, deux autres films du même réalisateur. Des questionnements, il y en a beaucoup dans ce film. Mais cela ne gène pas. C’est un peu comme dans la vie de tous les jours, beaucoup de questions qui nous permettent de nous remettre en cause et d’évoluer. Et quand ces questionnements et ces émotions déversées  justement interprétés pardes comédiens se mélangent à la musique du film, on est comblé.

La musique du film qui devait se tourner initialement au Texas aux États Unis, n’est pas une musique orchestrale, mais bien de la musique chantée par Valerie Ekoumé et Nelly O. Et cette musique purement camerounaise nous transporte littéralement. C’est d’ailleurs le point qui a mis d’accord tout le public venu voir ce film.

Techniquement, on pourrait reprocher au film une utilisation un peu bizarre du drone pour filmer les grands espaces du « Free State » où se déroule l’histoire. Mais on oublie vite cela avec la photographie du film. Le plein de lumière de l’image contraste parfaitement avec la situation de ce condamné à mort et de ces/ses trois femmes toutes embrigadées par cette peine de mort. Le son régulier des clés qui ouvrent et ferment les cellules de cette prison nous plonge tout le long du film dans l’angoisse de l’esprit de cet homme qui marche tranquillement vers l’au-delà.

Le dernier film de Jean pierre Bekolo qui n’a malheureusement pas été sélectionné à Cannes  mérite bien d’être vu et revu pour son écriture sobre, mais aussi pour cette question existentielle : qui nous sauvera nous même ?

R.W.

Une autre projection du film ‘’Miraculous Weapons’’ aura lieu ce jeudi à 19h à l’Institut Français de Yaoundé.