REVIEW : THE GERMAN KING, UNE HISTOIRE AFRICAINE

Elles sont rares les fictions cinématographiques d’héros africains. Et encore plus rares celles faites par des africains eux-mêmes. The German King, réalisé par le Sierra Léonais Adetokumboh M’Cormack, et qui relate les derniers jours du héros national camerounais Rudolf Duala Manga Bell est un de ceux-là. Une oeuvre historique, civique et politique qui a obtenu l’Ecran du court-métrage international. REVIEW. [ ENGLISH VERSION FOLLOWS]

Les fictions historiques d’héros nationaux africains se comptent à peine sur les cinq doigts d’une main. ” Lumumba (Raoul Peck)”, “Nelson Mandela (Mandela : Un long chemin vers la liberté de Justin Chadwick et Mandela’s Gun de John Irvin)”, “Chaka Zulu (William C. Faure)”, sont, de mémoire, les seuls portrait-fictions de personnages politico-historiques du continent noir. Et encore, Chaka Zulu est une série, tandis que Justin Chadwick et John Irvin sont des réalisateurs britanniques. Certainement y en a -t-il d’autres, mais ce simple constat suffit à lui-même. Les Cinémas d’Afrique n’ont pas suffisamment investi dans leur propre histoire, leur propre mémoire, pourtant si riche, belle et diverse.

Autant dire que The German King est, pour continuer dans la métaphore entrepreunariale, un projet innovant dans l’univers cinématographique africain. La courte fiction est une oeuvre à la fois historique, civique et politique. Le film de Adetokumboh M’Cormack est assurément politique parce que le réalisateur a pris le parti de mettre en scène le héros national camerounais sous l’angle du martyr. Les derniers jours d’un roi africain, exécuté pour ses idéaux humanistes.

L’histoire est toujours écrite par les vainqueurs, d’après un adage célèbre. Oui, mais voilà. The German King n’a été porté ni par les Français ou Anglais, victorieux en 1918 de l’Empire Allemand, ni par les Camerounais, qui ont pourtant obtenu leur indépendance en 1960. Le court a été produit, réalisé et écrit par le Sierra Léonais Adetokumboh M’Cormack, et financé en partie grâce à une campagne de financement participatif.

Est-ce à dire que The German King n’est pas une histoire camerounaise? La femme de Rudolf Duala Manga Bell est pourtant incarné par l’actrice camerounaise Constance Ejuma et ce n’est pas un hasard si le film a été soumis en compétition aux Ecrans Noirs, où il a obtenu l’Écran du court-métrage international.

The German King est une histoire africaine, racontée par un africain et pour partie dans un dialecte local, pour un public international. C’est en cela que consiste la portée civique des projets comme The German King ou Lumumba. N’est-ce pas le haïtien Raoul Peck, qui a le mieux écrit et scénarisé le héros national Congolais, lui-même incarné par le franco-camerounais Eriq Ebouaney ? Les deux films ont en commun de porter à l’écran une figure de l’anticolonialisme africaine et une histoire locale singulière, tout en instaurant un dialogue inter-culturel au travers du choix international de ses acteurs et actrices.

Dans The German King, ce dialogue est également celui entre l’empire Allemand et le Cameroun personnifiés respectivement par le Kaiser et le héros. Plus que la colonisation, c’est le dialogue de sourd entre ces deux entités géopolitiques / personnages aux antipodes qui prédomine. À l’image de l’affiche du film, c’est la relation très personnelle, fraternelle même, entre deux hommes pris dans leur destin historique que l’on voit s’étioler jusqu’au point de non retour.

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Y compris au niveau de la représentation scénique, la chaleur jaunâtre du Cameroun alterne en permanence avec la tiède froideur de l’Allemagne, sans que les deux univers ne se croisent jamais. L’Allemagne et le Cameroun se parlent constamment, mais toujours indirectement, et sans jamais véritablement s’écouter. Une seule fois, le roi Rudolf et le Kaiser, par l’intermédiaire de son représentant, dialoguent directement. Mais encore une fois, il s’agit d’un dialogue hermétique entre un roi pris au piège (de la prison) et un représentant complètement inflexible.

Dans cet abîme d’incompréhension entre deux hommes, seule la femme du Kaiser apparaît comme un potentiel pont, une petite lueur d’espoir qui ne parviendra pas à sauver la vie du roi Rudolf, mais dont la faible et frémissante incandescence suffira à faire épargner celle de son fils. Et si cette histoire humaine fait une belle fiction, elle interroge sur la réalité historique.

Se peut-il qu’en 1914 un Kaiser ait véritablement développé des sentiments d’amitié et d’égard, presque à égalité, avec un roi africain au point d’avoir autant de ressentiments face à « la trahison de cet ami »? Se peut-il qu’une reine allemande, en 1914, puisse considérer un nègre presque comme un second enfant ? Le Sultan Njoya at-il trahi Rudolf Duala Manga Bell uniquement pour récupérer son trône ?

Bien de questions qui, malheureusement, n’ont pas encore de réponses fautes de travaux historiques suffisants. Et The German King a le mérite d’être une des premières pierres à l’édifice de recherches et de films sur des personnages historiques du continent noir, par des Africains.

M.N.

 

[ENGLISH VERSION]

REVIEW : THE GERMAN KING, AN AFRICAN HISTORY

Fiction movies of African heroes are rare. And even more rare are those made by Africans themselves. The German King, directed by Sierra Leonean Adetokumboh M’cormack, which tells the last days of Cameroonian national hero Rudolf Duala Manga Bell, is one of those. A historical, civic and political artwork that has the Best International Short Film Oscar in the black screens festival . REVIEW.

The historical fictions of African National Heroes can barely be counted on one hand.  “Lumumba” (Raoul Peck), Nelson Mandela (” Mandela : a long way to freedom” by Justin Chadwick and  “Mandela’s Gun” by John Irvin), “Chaka Zulu” (William C. Faure) » are from memory, the only portraits of political-historical figures of the black continent. And yet, “Chaka Zulu” is a serie, while Justin Chadwick and John Irvin are British directors. Certainly there are others, but this simple observation is enough for itself. African cinemas have not invested enough in their own past, their own history, yet so rich, beautiful and diverse.

In other words, The German King is, to continue in the metaphor of business, an innovative project in the African film universe. The short fiction is a both historical, civic and political work. Adetokumboh M’cormack’s film is definitely political because the director decided to stage the Cameroonian national hero in the perspective of the martyr to the people eyes ; The last days of an African king, executed for his humanist ideals.

History is always written by the winners, according to a famous saying. Meanwhile The German King was not produced by the French or the English victorious in 1918 of The German Empire. And not even by the Cameroonians who obtained their independence in 1960 produced it. The short film was produced, directed and written by Sierra Leonean Adetokumboh M’cormack, and funded partly through a crowdfunding campaign.

Does this mean that The German King is not a Cameroonian story? The wife of Rudolf Duala Manga Bell is however played by the Cameroonian actress Constance Ejuma and it is not by chance that the film was in competition among the black screens festival, where he obtained the International Short Film Oscar .

The German King is an african story told by an african and partly in a local dialete to an international audience. That is why it is a civic project like Lumumba. Is it not the Haitian Raoul Peck, who best wrote and scripted the Congolese national hero himself played by the franco-Cameroonian Eriq Ebouaney ? What The two films have in common is to bring a figure of African anticolonialism and a unique local history to the screen, while establishing an inter-cultural dialogue through the international choice of its actors and actresses.

In The German King, this dialogue is also that between the German empire and Cameroon, personified respectively by the Kaiser and the hero. More than colonization, it is the dialogue of the deaf between these two geopolitical entities / characters on the opposite sides that predominates. Like the film’s poster, it is the very personal, even fraternal relationship between two men caught in their historical destinies that we see crumbling to the point of no return.

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Even on the scenic representation, the yellowish atmosphere of Cameroon alternates permanently with the lukewarm coldness of Germany, without the two universes ever crossing each other. Germany and Cameroon are constantly talking to each other, but always indirectly, and never really listen to each other. Once, King Rudolf and the Kaiser, through his representative, interact directly. But again, it is a hermetic dialogue between a trapped king (prison) and a completely inflexible representative.

In this abyss of misunderstanding between two men, only the Kaiser’s wife appears as a potential bridge, a small glimmer of hope that will not succeed in saving the life of King Rudolf, but whose weak and simmering incandescence light will be enough to save his son’s life. And if this human story is a beautiful fiction, it questions the historical reality.

Could it be that in 1914 a Kaiser really developed feelings of friendship and respect, almost on par, with an African king to the point of having so much resentment at the “betrayal of a friend »?  Could it be that a German queen, in 1914, could consider a negro almost like a second child ? Did Sultan Njoya betray Rodolf Duala Manga Bell only to recover his throne?

Many questions which unfortunately have not yet been answered because of lack of sufficient historical work. And The German King has the merit of being one of the foundation when it comes to the research and films on historical characters of the black continent by Africans.

Translated by M.N

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