REVIEW : “BROKEN”, ou lorsque des twists prennent en otage un film

Le titre de ce papier est volontairement un peu dur pour en réalité parvenir à vous transmettre entre les lignes toute la sympathie que la Rédac’ a pour cette oeuvre signée Anurin Nwunembom. “BROKEN” est produit par Blue Rain Entertainment (Syndy Emade) et a été projeté le 22 novembre dernier à Douala Bercy. REVIEW.

Dès les premières secondes du film, “BROKEN” porte clairement son nom ! Sassy (Syndy Emade), fille d’un chef d’entreprise (Alenne Menget) visiblement aisé qui essaye de sauver ses affaires par le mariage est dans tous ses états, en robe de mariée, prête à mettre de la distance entre son futur mari et elle-même. C’est du moins ce que l’on croit au vue de l’écriture de la scène. Et bien que blessée, le spectateur n’a aucun mal à déceler ses attitudes d’enfant gâtée via notamment la manière avec laquelle elle s’en prend aux employés de son Père, parmi lesquels se trouve Patricia (Nabila Rodriguez), alias Trisha. 

Jusqu’ici, “BROKEN” est un drame. Sassy, après avoir vidé une bouteille de vin et consumé une cigarette, reprend la route et rencontre Endeley (John Dumelo) dans un village, un chasseur à l’attitude à la fois froide et altruiste. Sassy montre alors davantage son côté mal élevée, dominatrice et définitivement le surréalisme de ce personnage qui inquiète déjà beaucoup à ce stade. Avoir grandi dans le luxe justifie-t-il au XXIème siècle de qualifier un hôte qui vous a accueilli et qui a pris soin de vous de “sauvage” ? Sassy est capricieuse certes, mais pas bête à ce point, tout de même !

Le scénario de “BROKEN” est comme un puzzle de 1500 pièces qui a déjà trop duré dans le placard et auquel il manque des pièces ou peut être même à l’inverse, où des pièces d’un autre puzzle ce sont confondus à celui que vous aviez. Alors vous forcez les formes, finissez par trouver où les caser, conscients qu’il y a quand même un problème. Oui, c’est encore un peu dur, mais c’est la sensation ressentie à la Rédac’. Cependant, il y a une volonté de proposer quelque chose de différent et ça, c’est un bon point. Cette recherche fait néanmoins basculer le film dans un autre genre : le thriller. 

A la Rédac’, on aime particulièrement la prise de risques en matière de narration, de mise en scène, de casting. “BROKEN” prend des risques, mais un peu trop à nôtre goût. Le thriller est saupoudré le long du film pour prendre complètement forme dans la dernière demie heure du film ; cela sans toutefois préparer le spectateur à se retrouver dans un genre nouveau après avoir eu au menu du drame ponctué d’humour ou les vannes passaient difficilement par moments vu l’heure à laquelle la projection a démarré : 23h30. Mais certaines belles trouvailles (Endeley – John Dumelo) côtés répliques ont redonné à la salle le brin de sursaut qu’il lui fallait, surtout au début du film. Le personnage incarné par Prince Ojay est taillé sur mesure pour nous faire rire, ça marche parfois, pas toujours. 

Techniquement, “BROKEN” est une belle réussite. Malgré quelques bizarreries qui nous ont fait limite sursauter au montage, la photographie est belle, le son est agréable (un peu plus d’ambiance aurait servi l’atmosphère générale du film) et de jolis moments de mise en scène nous permettent de ne pas subir le film, mais bel et bien de se concentrer sur l’histoire qui nous est racontée. 

Le casting est mitigé, pas tellement à cause de la performance de chaque acteur, mais davantage parce qu’ils sont traités sans prendre en compte les interactions qu’ils ont les uns avec les autres. La bonne note reste sans nul doute le soucis que l’histoire et le réalisateur ont à faire évoluer les personnages, à essayer de les maintenir toujours entier. John Dumelo est un excellent acteur, qu’on se le dise. Le potentiel de Syndy Emade ne se distingue pas assez dans le film, le rôle est un peu trop écrit pour elle. Cela crée des scènes auxquelles on a beaucoup de mal à s’accrocher et qui frôle parfois l’invraisemblance. L’actrice y met cependant beaucoup du sien pour donner de la consistance à son personnage sans jamais y parvenir. Le Docteur Agwe (Nchifor Valéry), est le personnage typique pour former un triangle amoureux où seuls deux côtés se touchent réellement. Son amour pour Sassy n’a aucune chance dès sa première réplique et même la petite scène pour nous tromper ne nous trompe absolument pas. Le Père de Sassy (Alenne Menget) nous marque par le nombre incalculable de problèmes de coeur qui le frappe tout le long du film, la salle en riait même déjà. Prince Ojay est clairement là pour amuser la galerie et le meilleur pour la fin, Nabila Rodriguez alias Patricia/Trisha est sans l’ombre d’un doute LA Révélation du film ! Plutôt effacée et jouant avec sobriété tout le début du film jusqu’au milieu, le dernier quart d’heure lui appartient et QUELLE PERFORMANCE ! 

Le véritable bémol de “BROKEN”, est cette expansion de twists qui empêchent le film d’en être réellement un. Ils créent des incohérences, des invraisemblances qui vous font secouer la tête l’air de dire “non, vous n’aviez pas besoin de ça !” et qui donnent l’impression d’un film à la structure complexe alors qu’en réalité ils nous renvoient simplement au puzzle mentionné plus haut. 

“BROKEN” est un film qui a de la prétention, mais une prétention avec une démarche sincère qui n’arrive pas à atteindre ses objectifs et donc tenir les promesses qui nous ont été données. On en sort avec ce petit pincement au coeur, celui que vous ressentez lorsque vous êtes face à de belles personnes qui ont essayé de bien faire, mais qui sont passées à côté.

La Rédaction


[ ENGLISH VERSION]

REVIEW : « BROKEN », or when twists hijack a movie

This article’s title is openly a little harsh in order to, in fine,  tell you between the lines  all the sympathie the Editorial Staff has for this artwork signed Anurin Nwenembom. Produced by Blue Rain Entertainment (Syndy Emade), « BROKEN » was screened the last 22nd november at Douala Bercy. REVIEW.

Since the first seconds of the movie, « BROKEN » lives up to its name ! Sassy (Syndy Emade), the daughter of a healthy businessman (Alenne Menget) who try to save his business by wedding, is upset, in wedding dress, ready to create distance between her futur husband and herself. It’s at least what we believe regarding the writing of the scene. And while injured, the viewer has no difficulty to detect her spoiled-child attitude mainly by how she blames her fathers’ employees, whose Patricia (Nabila Rodriguez), alias Trisha. 

So far, « BROKEN » is a drama. Sassy, after emptying a bottle of wine and smoking a cigarette, hit the road again and meet Endeley (John Dumelo) in a village, a hunter with an attitude both cold and altruist. Then, Sassy shows even more her rude, dominant side and definitively a surrealistic character who already worries a lot. Can having grown up into luxury justify to name a host who welcomed and took care of you a « savage » in the 21 st century? Obviously, Sassy is capricious, but she is still not so stupid !

The scenario of « BROKEN » is like a puzzle of 1500 pieces which has already lasted too long in the closet and to which some pieces are still missing or even conversely, where some pieces of another puzzle have been confused with the one you had. Then, you force the forms, end to find where to get them in, aware of that there is still something wrong. Yes, it is a little hard, but it is the feeling of the Editorial Staff. However, there is a willingness to offer something different and that is a good point. Nevertheless, this research makes the movies to shift to another gender : the thriller.

At the Editorial Staff, we particularly like the risk taking in the narrative, the staging and the casting. « BROKEN » takes risks, but a little too much for us. The thriller is simply sprinkled throughout the film and take entirely form in the last half-hour of the movie; but without preparing the spectator to find himself in a new gender after having at the menu a drama punctuated of humor where the jokes hardly passed at times because of when the projection began : 11: 30 pm. But some beautiful replies (Endeley – John Dumelo) gave back to the auditorium a bit of burst it needed, mainly at the beginning of the film. The character played by Prince Ojay is tailored to make us laugh. Sometimes it works, not all the time. 

Technically, « BROKEN » is a beautiful success. Despite some quirks that made us quite startle in the montage, the photography is nice, the sound is pleasing (more ambiance would have served the general atmosphere o the film) and the nice times of staging enable us not to suffer the movie, but to really focus on the story that is told.

The casting is mitigated, not really because of the performance of every actor, but more because they are treated without taking account of the interactions they have each others. The right note remains without a doubt the willingness that the story and the director have to develop the characters, to try to keep them entire beings. John Dumelo is an excellent actor, something to be said. The potential of Syndy Emade prove to be not enough exploited in the film, the character is a little to much written for her. This create scenes on which we hardly hand on and that can sometimes seems unreal. However, The actress put a lot of herself to give consistency to her character without success. The Doctor Agwe (Nchifor Valéry) is the typical character to form a love triangle where only two sides really meet up. Since the first reply, his love for Sassy has no chance and even the little scene to fool us fails to reach its goal. Sassy’s father (Alenne Menget) is impressive by the hight number of heart problems that strike him throughout the film, so that the spectators laugh about. Prince Ojay is clearly there to amuse the gallery and the best for last, Nabila Rodriguez alias Patricia/Trisha is without a doubt THE Revelation of the film ! Rather discrete and playing with sobriety from the beginning to the middle of film, the final third of the film belongs to her and WHAT A PERFORMANCE !

The real damper of « BROKEN » is this expansion of twists that prevent the film to be truly one. They create inconsistencies, implausibilities that make your head shaking as if to say «  no, you didn’t need that ! » and that give the impression of a film with a complex structure while in fine they send simply back to the puzzle mentioned above.

« BROKEN » is a movie that has claim, but a claim with a honest commitment that does not reach its goals and so to keep the promises given to us. We emerge with this little twinge, that one you feel when you face kind people who try to make good, but who missed their goal.

The Editorial Staff