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INTERVIEW : « Le scénario est la condition sine qua non de tout film » (Nkanya Nkwai)

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Il est l’un des acteurs (Lara’s song, Life Point), scénaristes (A Good Time to divorce) et réalisateurs (A Good Time to divorce) les plus talentueux du Cameroun. Nkanya Nkwai s’exprime en exclusivité pour LFC sur son prochain long-métrage, Saving Mbango et l’importance d’un scénario bien écrit pour la réussite d’un film. INTERVIEW. [ENGLISH VERSION BELOW]

Le Film Camerounais (L.F.C) : Bonjour Nkanya Nkwai. Vous êtes le réalisateur du très attendu SAVING MBANGO. Mais de quoi parle le film?

Nkanya Nkwai (N.K) : Saving Mbango est l’histoire d’un adolescent, John Penda, interprété par Godisz Fungwa, qui lutte pour se libérer de l’emprise que sa famille a sur lui dans l’espoir d’aller à l’école, mais découvre qu’il est amoureux de l’épave du village – Mbango joué par Onyama Laura. Tandis que John va à l’encontre de ce que la population considère comme normal pour se rapprocher de Mbango, il découvre que Mbango est atteinte d’une maladie incurable. John va alors faire d’énormes sacrifices pour sauver celle qu’il aime. Mais il faudra attendre que le film sorte pour découvrir comment l’histoire se termine…

Nous essayons de faire en sorte que le long-métrage dure 90 minutes.

L.F.C : Pourquoi cette thématique et pourquoi l’avez-vous acceptée ?

N.K : Je pense que la thématique [du film] est très importante dans notre contexte camerounais. Les thèmes principaux du film que sont la dépendance et l’intégration (déficience mentale), la stigmatisation et l’ignorance prévalent encore dans nos communautés. Ainsi, lorsque le scénariste et le producteur m’ont proposé la casquette du réalisateur, je n’ai pas hésité une seconde. C’est une histoire que je voulais réaliser. Maintenant je suis nerveux et impatient de voir le produit final.

L.F.C : L’année dernière, vous avez créé “The script Workshop” qui se déroulera cette année du 7 au 17 août. Au moins, avez-vous écrit le scénario de SAVING MBANGO? (Rire).

N.K : (Rire). Je n’ai pas écrit Saving Mbango. C’est Lynno Lovert le scénariste. En raison de notre amitié, il m’a non seulement imprégné de ses idées et sa vision, mais aussi encouragé et mis au défi de le faire librement et sans hésitation. Je suis très fier de voir le fantastique scénariste qu’il est en train de devenir.

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L.F.C : D’ailleurs, parlez-nous de “The Script Workshop”.

N.K : Le Script Workshop est un programme sur mesure destiné à fournir aux scénaristes camerounais les outils et techniques de base de l’écriture de scénario, afin d’améliorer et d’introduire une touche de professionnalisme aux histoires que nous racontons au Cameroun. L’écriture du scénario est cruciale et constitue un important préalable pour un film réussi. Cela ne devrait pas être fait sur de simples a-priori. La subtilité du dialogue ne fait pas un bon script. Un riche vocabulaire non plus. Un bon scénario comporte plusieurs composantes telles que les sept composantes des structures visibles et invisibles de Jeff Lyons, La feuille de temps de Blake Schneider, Le voyage du héros de Joseph Campbell et d’autres légendes du script comme Robert McKee et John Yorke. Ces hommes ont d’innombrables scénarios réussis, mais ils ont surtout écrit des livres instructifs sur les éléments constitutifs d’un bon scénario ou sur ce qui fait le succès d’une histoire. Nous devons simplement cesser de faire des suppositions être disposés à apprendre. C’est le seul moyen de devenir un scénariste significatif, le seul moyen d’élever le niveau de réalisation cinématographique au Cameroun. À deux reprises en l’espace de trois ans, deux jurys différents n’ont pas trouvé de film camerounais et d’acteur camerounais dignes de ces titres. Quelle en est la cause selon vous? Eh bien, qu’on se le dise. LA SEULE RAISON EST UN MAUVAIS SCENARIO. Le scénario est la condition sine qua non de tout film. Si les personnages sont mal développés dans le script, alors il n’y a plus rien à faire.

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L.F.C : Diriez-vous que cette formation a transformé votre façon de travailler?

N.K : Cette formation a assurément transformé la façon dont j’écris les scripts. Je n’ai pas été étudiant dans cet atelier, mais en tant que fondateur et l’un des instructeurs, je lis beaucoup, je fais des recherches sur l’écriture et j’apprends beaucoup de mes collègues pendant l’atelier. Ce n’est jamais trop apprendre que d’apprendre quelque chose de nouveau ou à se faire rappeler quelque chose que vous avez peut-être oublié.

L.F.C : Comment s’est passé le tournage de SAVING MBANGO?

N.K : Le tournage de Saving Mbango a été formidable. Ce fut un moment spécial particulièrement pour moi. Nous étions dans un camp, ce qui permet de mieux connaître certains collègues. Nous avions une équipe formidable et tout le monde était déterminé à faire de son mieux, devant et derrière la caméra. Le camp était dans un village où il y avait plein de mangues, de la bière kadji et une grande rivière chaude. Nous étions entourés de gens intéressants aux profils différents, donc aucun risque de s’ennuyer. Maintenant que j’y pense, je suis un peu triste de constater que derrière la caméra, nous n’avons pas eu le temps de manger des mangues, de nager et de boire de la bière Kadji comme nos collègues de l’autre côté de la caméra.

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L.F.C : Des photos de Laura Onyama, la tête complètement rasée pour le film ont circulé. Ce n’est pas courant de voir cela au cinéma. Dites-nous plus s’il vous plaît.

N.K : Oh ça? Que pourrais-je dire? La tête rasée n’est pas la seule énigme à déchiffrer dans le personnage de Laura. Elle a également faits d’autres choses qui m’ont tenu en alerte tout au long du tournage. Dans l’histoire, le personnage de Laura est traité comme un rebus de la communauté. Je souhaitais donc un look particulier pour maximiser l’impact visuel. Je pense que je suis reconnaissant à Laura de nous avoir autorisé à faire ce que nous souhaitions sur son corps pour faire ressortir le point de vue que nous désirions. Cette appréciation vaut aussi pour Chinonso Sunshine et Kim Barbie pour leur brillante mise en scène et réalisation des maquillages pour effets spéciaux.

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L.F.C : Quelles sont les prochaines étapes?

N.K : Les travaux sont bien avancés en post-production. Le producteur nous dira quand voir le film une fois que nous aurons terminé le montage.

M.N


[ ENGLISH VERSION]

INTERVIEW : « THE SCRIPT IS THE EX FACTOR OF EVERY MOVIE » (NKANYA NKWAI)

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© Del Mezzo Pictures

He is one of the most talented actors (Lara’s song, Life Point), script writers (A Good Time to divorce), and directors (A Good Time to divorce) of Cameroon. Exclusively for LFC, Nkanya Nkwai Nkanya Nkwai speaks about her next movie, Saving Mbango and why a well written script is so important for a good movie. INTERVIEW. [VERSION FRANÇAISE PLUS HAUT]

Le Film Camerounais (L.F.C): Hello Nkanya Nkwai. You are the director of the highly anticipated SAVING MBANGO. But what is the film about?

Nkanya Nkwai (N.K) : Saving Mbango is a story about an adolescent boy John Penda played by Godisz Fungwa who struggles to liberate himself from his family’s entitlement towards him in a bid to go to school but discovers that he is in love with a village flotsam – Mbango played by Onyama Laura. As John defiles the villagers normalcy to get closer to Mbango he discovers Mbango has a terminal illness, John braves on making enormous sacrifices in hope to rescue the one he loves. We will have to wait till the movie comes out to see how that ends.

Duration: We are trying to make it 90 minutes.

L.F.C : Why this topic and why did you accept it?

N.K : I think the message is very important in our Cameroonian context. The movie tendencies like dependency and entitlement (poverty mentality), stigmatization and ignorance which are prevalent in our communities. So When the writer and the producer proposed the Directing job, I didn’t have a second thought. It’s a story I wanted to bring to live, now I’m nervous and eager to see the final product.

L.F.C : Last year you created the “The script Workshop” which will take place this year from August 7th to 17th. Well, at least did you writen the screenplay for SAVING MBANGO? (Laugh).

N.K : (Laugh) I didn’t write Saving Mbango, the writer is Lynno Lovert, because of our friendship he mostly bounce off his ideas and vision on me and encouraged and challenged to have it done with no fear or hesitation. I’m so happy to see the fantastic writer that he is becoming.

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© Del Mezzo Pictures

L.F.C : By the way, tell us more about “The Script Workshop”.

N.K : The Script Workshop is a tailored program meant to provide Cameroonian Script writers the basic tools and techniques of script writing in a bid to improve and give professional touch to the stories we tell in Cameroon. Script writing is crucial and a very important foundation of a good movie. It should not be done by assumption. Dialogue subtlety doesn’t make a good Script. Huge vocabulary doesn’t do it either. A good script has several components like Jeff Lyons’ seven components of the visible and invisible structures, Blake Schneider’s Beat Sheet, Joseph Campbell’s Hero’s Journey and other Script Legends like Robert McKee and John Yorke. These guys have uncountable successful screenplays, above all they have written instructive books about what goes into a good screenplay or what makes a story work. We just have to be willing to learn and stop assuming, that is the only way to become a meaningful writer. That is the only way to elevate the standard of filmmaking in Cameroon. Twice in three years two different juries have not found a Cameroonian movie and a Cameroonian Actor worthy of the titles respectively. What do you think is the course? Well let tell, THE ONLY COURSE OF THIS IS BAD WRITING. The Script is the Ex factor of every movie. If the characters are poorly developped in the script there is nothing anyone can do.

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L.F.C : Would you say that this training has transformed the way you work?

N.K : Definitely, this training has transformed the way I write scripts. I have not been a student in this workshop but as a founder and one of the instructors I do a lot of reading and research about writing and I learn a lot from my colleagues during the workshop. One is never too learned to learn something new or to be reminded of something you may have forgotten.

L.F.C : How was the shooting of SAVING MBANGO?

N.K : The filming of Saving Mbango was great, it was a special moment for me especially. We were in a camp and that provided a chance to know some colleagues. We had an amazing team and everyone was determined to put in their best both in front and behind the camera. The camp was in a village with a lot of mangoes, kadji beer and a large warm river. We had a lot of interesting people with different profiles so there was no dull moment 😉 Now that I think of it I feel a little sad that we behind the Camera didn’t have enough time to eat mangoes, swim and drink Kadji beer like our colleagues in the other side of the camera.

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L.F.C : Pictures of Laura Onyama, head completely shaved circulated. It’s not common to see that in the cinema. Tell us more please.

N.K : Oh, that? What should I say? Shaved head is not the only enigma look on Laura’s character she also had contacts that kept me on my toes through the entire shoot. In the story Laura’s character is treated as a reject in the community so I wanted a particular look to maximize the visual impact. I think I am grateful to Laura for allowing us to do anything on her body to bring out the look we wanted. My appreciation also goes to Chinoso Sunshine and Kim Barbie for such a brilliant application and achievement of SFX.

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L.F.C : What are the next steps?

N.K : Works are well advanced at Post Production, when we round up the Producer will tell us when to see the movie.

M.N.

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À l’affiche : Ces films qui sortent de l’ordinaire

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Des scénarios originaux. Les scénaristes camerounais savent de temps à autre sortir des sentiers battus, et proposer des scénarios atypiques, parfois drôles, insolites, déroutants ou tout cela à la fois. Des histoires originales qui permettent de prendre une belle bouffée d’oxygène des scénarios ordinaires, pour le plaisir des cinéphiles.

Ils sont quelques uns, ces scénarios différents des autres, qui abordent des thématiques largement exploitées comme la famille, l’amour, l’argent, mais de manière inaccoutumée, tout en y insufflant de nouvelles perspectives. Il en est ainsi de « Lara’s Song », écrit et produit par Alfred Melow et réalisé par L.T Njeck. Quelques années après avoir choisi, contre l’avis des parents de la jeune fille, de vivre leur histoire d’amour, Lara et Kamga se retrouvent sans le sou. La jeune fille a alors une brillante idée : se faire passer pour folle afin que ses riches parents reversent l’argent du traitement à un médecin complice. Mais rien ne se passe comme prévu…

Si on retrouve les thèmes classiques de l’amour contrarié et les délicates relations familiales propres au 237land, le scénario est unique en son genre et l’on comprend très vite que l’histoire de Lara et sa famille est une allégorie des relations inter-personnelles au Camer. Parmi les allégories cinématographiques qui se distinguent par son originalité, il y’a « Le Challenge », écrit et réalisé par Cyrielle Raingou. Le court-métrage futuriste met en scène une impératrice (Mbesso Sonita Fabiola) déterminée à conserver son accès à Internet, alors en voie de disparition…

Dans ce film, Cyrielle Raingou a tout misé sur la singularité, que ce soit le genre, la thématique, le scénario. La seule chose à priori familière au spectateur est justement le combat quotidien de nombreux camerounais pour l’accès à Internet et plus largement certaines technologies. Moins radical dans son originalité, « Un baiser pour deux » écrit par Thierry Fouomene & Dante Fox, et réalisé par ce dernier, parle d’amour et de rêve d’Occident. Mais l’histoire de PAULA devient atypique en cela que pour atteindre l’Occident, elle invente une soeur jumelle pour mener à bien son projet de séduire FREDDIE, le meilleur ami installé en France de son copain…

Le film, qui a obtenu l’Ecran du court-métrage camerounais offre une autre perspective, probablement plus contemporaine de la perception au pays de l’Occident. Une perception complexe, clivée et clivante incarnée par le trio. BELEH, écrit, réalisé et produit par Christa Eka Assam propose également un scénario plutôt cocasse. Ekema est un mari très égoïste qui laisse toutes les corvées ménagères au bon soin de sa femme, Joffi, en fin de grossesse difficile, jusqu’au matin où il se réveille, enceinte jusqu’aux yeux et aux ordres de madame…

Le court-métrage, réalisé en 2013, est précurseur de la thématique de l’inversion des rôles homme et femme dans lequel se situe « Point de vue » ( Léa Malle Frank Thierry). Pourtant, tandis que Christa Eka Assam privilégie l’humour pour dénoncer les abus faites envers les femmes au sein du ménage, l’approche de Léa Malle Frank Thierry pour critiquer toutes les formes d’injustice faites aux femmes est plus grave et dramatique. Dans les deux cas, la thématique, autant que le scénario, se distinguent par leur originalité.

Le 237land regorge de scénaristes de talents, capables de proposer des scénarios originaux de thématiques classiques, ou encore inexistantes. LFC a hâte de découvrir les prochains.

M.N.